Hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015 à Paris
Discours prononcé à Lavaur – le 21 novembre 2015
Les terroristes ont tué des journalistes, puis des Juifs, parce que c’étaient des journalistes, parce que c’étaient des Juifs. C’était en janvier dernier. Ils ont tué une policière. Dans le dos.
Trois ans plus tôt, ils avaient tué des enfants, à Toulouse : parce qu’ils étaient juifs, encore. Puis des parachutistes : l’un d’entre eux était d’origine maghrébine, et beau sous son béret rouge : c’est pour cela qu’il est mort.
Le 13 novembre, ils ont tué des Français, beaucoup de jeunes, qui goûtaient au bonheur d’une belle soirée d’automne à Paris. A la terrasse des cafés. Dans une salle de concert.
Nous sommes rassemblés pour leur rendre hommage. Un hommage affectueux, un hommage, en quelque sorte familial, un hommage auquel nous associons les forces de l’ordre et nos services de renseignement, dont le courage et l’intelligence nous rendent plus fiers encore d’être Français et républicains.
Les terroristes ont tué froidement. Méthodiquement. Parfois en riant.
En Syrie, ils décapitent des enfants de dix ans, parce qu’ils sont chrétiens. Ils brûlent, vif, dans une cage, un pilote jordanien capturé. Ils font assassiner des adultes par des enfants. Ils détruisent Palmyre, antique cité gréco-latine. Ils filment les scènes, et nous les adressent.
Ils se prennent pour des héros : ce ne sont pas seulement des barbares, ce sont de sinistres lâches. Ils mènent la seule guerre que peuvent momentanément gagner des lâches.
La guerre que notre pays et nos alliés vont leur livrer, sera, selon l’expression du Président de la République, impitoyable.
Mais nous sommes Français : nous sommes issus de sang ou par choix d’un pays né il y a 1 500 ans. Nous sommes d’une Nation dont l’histoire a été forgée par des rois, des empereurs et des Républicains.
Nous sommes d’une Nation présente partout dans le monde, aux Antilles comme en Océanie ; notre langue est parlée, aussi, en Asie, au Maghreb, en Afrique et en Amérique du Nord.
Nous sommes d’une Nation dont les écrivains, comme Voltaire et Diderot, formèrent les souverains de Prusse et de Russie, dont les archéologues révélèrent au monde la richesse de la civilisation égyptienne, dont les juristes ont bâti, sous Napoléon, le droit de notre continent, et inspiré, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
Nous sommes d’un peuple dont les femmes, de Jeanne d’Arc à Marie Curie, ont incarné l’idéal de liberté et l’appétit de science et de progrès : des femmes que les terroristes détestent parce qu’elles parlent quand elles veulent, qu’elles s’habillent comme elles le veulent, qu’elles dansent et travaillent où elles veulent, et déploient leurs talents sans demander l’autorisation à quelque homme que ce soit.
Nous sommes d’un pays qui connut les guerres de religions et qui décida, librement, que les religions ne relevaient que de l’intimité et non de la norme sociale, de la liberté et non de la contrainte. Nous sommes d’un pays où la liberté est aussi celle de ne pas croire.
Nous sommes d’un peuple libre qui ne veut plus plier devant les provocations qui n’appartiennent ni à son histoire ni à nos valeurs républicaines : le voile intégral qui dissimule jusqu’au sourire des femmes, les femmes qui marchent quelques pas derrière leurs maris ou leurs frères, les discours de haine tenus par des prédicateurs salafistes, la vanité de certains de vouloir former une communauté indépendante de notre Nation, la joie qui éclate parfois quand on abat la liberté de pensée, la liberté de rire, la liberté d’être Français.
Nous sommes Français !
Nous continuerons, si cela nous plaît, de boire le vin de nos vignobles, de danser au son de la musique que nous choisissons, d’aimer qui nous voulons aimer, de lire les livres que les terroristes islamiques exècrent, d’exprimer une pensée libre et critique sur les sujets de notre goût.
Nous avons envie d’être fiers de Saint Louis comme de 1789 et du Général de Gaulle, fiers qu’un Président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor ait été agrégé de grammaire française, fiers d’un de nos plus grands historiens, Marc Bloch, fusillé par les nazis parce qu’il était juif et résistant ; nous n’avons pas perdu le souvenir d’un Abd el-Kader, considéré comme le père de l’histoire algérienne, modèle d’esprit éclairé et cultivé, protecteur des Chrétiens au Proche-Orient, propriétaire d’un magnifique vignoble à Mascara.
Nous sommes un peuple libre, subtil et cultivé, enraciné et ouvert au monde, dans une République indivisible, laïque, démocratique et sociale.
Nous ne plierons pas face à des terroristes, qui plus est analphabètes.
Quelles que soient nos origines, nous sommes unis. Nous sommes révoltés.
Mais nous sommes debout. Parce que nous sommes Français.

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