Hommage à Guiraude de Laurac: Mai 1211 – mai 2011

La Revue du Tarn – Mai 2011


Il n’y a pas de vie qui vaille si elle n’est portée par une passion, ni d’histoire qui rassemble, si la liberté en est absente.

« L’histoire, écrit Michel Roquebert, dans « Les citadelles du vertige », a des chemins secrets où le temps n’entre pas ».

Ce « chemin secret » de notre histoire commune, Guiraude de Laurac, nous l’avons emprunté depuis longtemps pour vous retrouver.

Depuis 800 ans, vous portez les passions que nous avons dans nos cœurs de méridionaux, de femmes et d’hommes qui ont choisi de vivre libres.

Nos mystiques n’ont certes pas épousé les mêmes mystères, nos vies ne se sont pas consumées au même feu, mais nous sommes là, sur ce Plô où souffle l’esprit, pierres et briques issues de la même terre, rêves nourris sous le même ciel, espérances emportées par le même vent, celui qui étreint quand il se lève, et couche avec délicatesse les blés.

Nos cités ne sont plus fortifiées, nos vies ne sont plus ravagées, ni même menacées en Lauragais, dans les forêts opaques de Belcaire ou du pays de Sault.

Plus de vie, justement, à Montségur, Puivert ou Peyrepertuse. C’est peut-être pour cela, Guiraude, que nous vivons en pensant encore à vous, figure sans visage, aïeule sans tombe.

Il y a des hommes dont le lendemain n’est qu’un avenir : vous avez été la femme d’un destin.

Vous n’êtes pas d’ici, mais de Laurac, fief de votre frère Aymery.

Mais vous êtes devenue nôtre, par le sang versé.

L’hérésie cathare pourrait n’être qu’une poésie qui finit mal. Elle est bien plus que cela : le visage languedocien du « paratge », un mot si rare, si éloigné du langage courant, un mot polysémique, qu’on sent plus qu’on ne l’explique : une noblesse de l’âme, s’ajoutant à celle de la souche ; l’esprit chevaleresque avec lequel vous ouvrez les bras à ceux qui avaient échappé aux massacres de Termes et de Minerve.

L’hérésie cathare n’est pas seulement un comportement altier face aux épreuves de la vie.

Elle offre aussi, contre le christianisme trinitaire, une autre lecture, dualiste, du monde et du Mal.

Avons-nous la clé de ce mystère ?

Peut-être à travers les visages et les corps torturés au nom de tant d’idéologies profanes ou de sentiments religieux, d’Orient ou d’Occident.

« Il n’est de pire guerre, écrit Pascal quatre siècles plus tard, que religieuse ».

Le Mal, consubstantiel ou non à notre identité d’homme, rôde, à tout le moins, autour de nos vies, comme un voleur d’espérance.

Huit siècles plus tard, c’est le même blé qui pousse, et l’odeur du thym ou des feuilles de menthe que l’on frotte entre les doigts, a la même odeur du Languedoc que vous aimiez.

Lavaur, cité heureuse, a effacé de ses traits le martyre subi.

Le laurier, désormais, refleurit, ici.

Mais « l’histoire a des chemins secrets » et ces chemins, ouverts, cette fois, non par le temps mais par l’Amour, nous ont conduit jusqu’à vous.

Guiraude de Laurac était seigneur de Lavaur, à l’époque de la Croisade des Albigeois. Ayant embrassé la religion cathare, elle en paya le prix : Lavaur, assiégée par Simon de Montfort, tomba en mai 1211, quatre vingt chevaliers furent pendus, quatre cent martyrs brûlés, et Guiraude, violentée, fut jetée au fond d’un puits et recouverte de pierres, selon la « Chanson de la Croisade ».

Par arrêté municipal du 11 janvier 2002, j’ai interdit l’utilisation du nom de Simon de Montfort sur le territoire de la commune, « jusqu’à la nuit des temps ».

Une réponse à « Hommage à Guiraude de Laurac: Mai 1211 – mai 2011 »

  1. Avatar de Legrand Marc, Giroussens.
    Legrand Marc, Giroussens.

    Eh bien ! En voilà une à laquelle je ne m’attendais pas. On a beau essayer de se prémunir de tout préjugé, la vie, inlassablement, continue à nous faire tomber de la chaise. Lire pareil texte écrit et lu par un ancien gudard , ça porte à l’humilité !

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