Exposition consacrée à T’ang Haywen

Lavaur, le 4 mai 2002


Voilà une exposition qui fait honneur à Lavaur et marque de manière exceptionnelle l’ouverture au public de la chapelle des Sœurs du Christ, dans ce monastère que la Municipalité a acquis voici un an.

Un monastère qui abritera bientôt une bibliothèque et une médiathèque, plus tard un musée des arts sacrés.

Un lieu, donc, dédié à la transmission du savoir, à la réflexion intime, à l’émotion.

Un lieu où soufflera l’esprit.

Lavaur est une ville inspirée – Lavaur, théâtre de spiritualités, Lavaur l’évêché – celui de Monseigneur de Selve – représenté dans le célèbre tableau d’Holbein « Les Ambassadeurs »[1].

Pouvait-on choisir plus bel endroit qu’un espace sacré pour accueillir une peinture se nourissant du taoïsme et de la nature ? 

Dominique Ponneau, directeur de l’Ecole du Louvre, ami de T’ang, soulignait avec talent, « la qualité sacrée de certaines peintures qui n’apparaît telle à nos yeux que dans les temples et les églises ».

Je veux dire au vieil ami, auquel nous devons cette exposition, ma reconnaissance. 

Cette exposition, n’avait nulle raison d’être organisée à Lavaur, avant la première grande rétrospective française que consacre à T’ang le Musée Guimet à Paris.

Et pourtant l’histoire de T’ang à Lavaur n’est pas le fruit du hasard. Elle est, bien sûr, d’abord un signe d’amitié, relayé par celle de Pierre Fabre qui a accepté d’assurer l’impression et la diffusion de l’ouvrage consacré au grand peintre, bientôt présent dans les Musées nationaux.

Depuis deux ans, il a été l’accompagnateur attentif, précieux et attentionné de notre projet.

T’ang est mort en 1991, presque inconnu du grand public, mais reconnu déjà d’un cercle prestigieux de personnalités des Musées et du monde de l’art : le grand peintre Balthus ne disait-il pas que T’ang « personnifiait l’esprit de la Chine ? »

T’ang exprime un syncrétisme entre différentes valeurs. On dirait aujourd’hui, plus familièrement, que T’ang est un esprit œcuménique.

Voilà ce qui caractérise le taoïsme : l’acceptation de différentes philosophies et de croyances qui se métissent dans l’harmonie.

Une harmonie sensible, instinctive -, et non comme en Occident, la connaissance de mystères et de symboles qui, si souvent, servent de trame ou de prétexte à l’art.

Dans la peinture de T’ang, pas d’anecdote, pas de représentation identifiable, pas d’histoire, et, bien sûr, pas d’engagement.

Voilà plutôt une peinture destinée à satisfaire une impression, un sentiment immédiat.

T’ang, reconnu aujourd’hui comme l’un des plus grands peintres modernes de culture chinoise, a choisi la peinture comme mode de vie, et non comme une carrière – comme une source d’équilibre reflétant sa conception de monde, d’un monde qui obéit aux équilibres définis par le taoïsme ; ceux de la complémentarité : pas de soleil sans ombre, pas de jour sans nuit. L’harmonie naît de forces opposées qui toutes participent au grand mouvement de la vie.

Combien il est opportun d’attirer, dans les provinces de France, des œuvres qui ne sont traditionnellement réservées qu’à un public de spécialistes parisiens ou internationaux ! Combien il est légitime d’éveiller l’âme de chacun aux formes modernes de la plus ancienne et de la plus longue culture de l’humanité ! La Chine n’est plus cette « planète séparée » dont parlait Paul Valéry[2] soulignant le « rapprochement inévitable de ces peuples si différents ».

Depuis cent ans, et notamment depuis la création à Pékin d’une société d’amitié culturelle franco-chinoise, les artistes chinois se sont tournés vers la France où ils trouvent un climat propice à l’épanouissement de leur art.

L’année de la Chine en France s’ouvrira en 2003, et celle de la France en Chine en 2004, selon le vœu du Président de la République Jacques Chirac et de Jiang Ze Ming.

La Chine vient d’intégrer l’Organisation Mondiale du Commerce, et nos industriels ont pris conscience de ce nouveau défi. Les Jeux Olympiques, enfin, se dérouleront à Pékin, en 2008. Ce nouveau dialogue entre l’Occident et la Chine sera l’occasion de promouvoir dans le monde chinois les idéaux de tolérance qui nous sont si chers : on sait les sentiments de fraternité que nourrissait T’ang Haywen à l’égard du peuple tibétain…

Mais revenons à ce qui est, – ici – et maintenant, l’essentiel : la célébration d’un artiste magnifique pour qui la peinture n’avait d’autre prétexte que d’être un lien entre des solitudes qui s’ignorent.

Revenons-y et souvenons-nous de l’exhortation de Paul Valéry… « Dans ces lieux voués aux merveilles, j’accueille et garde les ouvrages de la main prodigieuse de l’artiste, égale ou rivale de sa pensée, l’une n’est rien sans l’autre… Choses rares ou choses belles, ici savamment assemblées, instruisent l’œil à regarder toutes choses qui sont au monde ».


[1] Aujourd’hui dans les collections de la National Gallery, à Londres.

[2] Préface au livre d’un chinois « Ma mère de Sheng Cheng ».

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