Coûteuse Europe !

Le Figaro  – Février 1992


La contribution française au budget communautaire s’élève en 1992 à 84 milliards : cinq fois le budget du ministère de la Justice ! Elle ne cesse de croître : en un an, de 15 %. Depuis 1985, l’enveloppe a plus que doublé en volume. Il faut bien çà pour nourrir un budget qui s’enfle démesurément (455 milliards). 

Calculée en écus, elle coûte aujourd’hui trois fois plus cher qu’il y a vingt ans. Mais quand les contribuables maigrissent, les agriculteurs meurent : les revenus des céréaliers ont baissé de 7 % par an depuis 1982, ceux des éleveurs de bovins de 33 % au cours des deux dernières années. Et 40 % de l’espace rural est menacé de désertification. 

En bradant la préférence communautaire et en se servant du monde rural comme d’une monnaie d’échange pour favoriser les exportations de produits industriels, les eurocrates de Bruxelles ont, prononcé l’exécution capitale d’une profession. Ce n’est plus la Corrèze ou le Zambèze[1], c’est la PAC ou le Gatt.

L’administration de Bruxelles est budgétivore : mais elle est aussi rétive à toute forme de contrôle.

Les budgets ne sont pas limitatifs : seulement prévisionnels. C’est plus prudent. On vote d’abord les dépenses, puis les recettes. C’est une singularité européenne que les Parlements nationaux n’ont plus connue depuis le XIXe siècle.

Et si les dépenses sont plus importantes que prévu, les Etats membres comblent le trou. C’est l’Europe sans devis.

Une Europe qui travaille, protégée du regard des citoyens par un mur de silence. Douze personnes peuvent décider, au cours d’une nuit sans lune, une augmentation en France de dix à quinze milliards de francs d’impôt, sans que notre gouvernement en ait délibéré ou que les Parlements français et européen en soient saisis. Les conditions de présentation de la facture de Maastricht en sont l’illustration…

Tout budget, par définition, y subit des évaporations et suscite des convoitises : la fraude est estimée à 10 %, soit 45 milliards ; les 17 000 fonctionnaires de Bruxelles coûtent 12 milliards : surpayés, ils sont aussi sous-imposés.

A Berlin, un mur s’écroule. Autour de Bruxelles, un mur s’élève : celui des lamentations -, des contribuables. Surtout des Français. Le taux de retour sous forme d’aides ou de subventions diverses, qui atteignait 95 % en 1985, s’est affaissé à 60 %. Le solde négatif de nos relations financières, en un septennat, s’est décuplé : 25 milliards. Les aides en dehors du Traité au bénéfice d’Etats tiers se sont accrues l’année dernière de 120 % : les agriculteurs français, par exemple, seront honorés d’apprendre que l’équivalent de 10 % du budget 1992 pour l’Agriculture a été alloué la même année sous forme de subventions à l’Europe de l’Est, à l’ex-RDA, ainsi qu’à certains Etats victimes de la guerre du Golfe.


[1] Expression célèbre de Raymond Cartier.

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